Voyage au pays de Salut Les Copains

 

Salut les copains. Comment dire…c'était un magazine bien structuré, aussi bien dans son aspect que dans la composition de ses articles et de ses rubriques. La couverture était en elle-même agréable. En couleur.Jean- Paul Belmondo avec une marguerite à la bouche ou Sheila en chapeau de paille, la couverture est belle, attirante.

 

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Mai 1964                        Septembre 1965              Janvier 1966

 

Septembre 1966                            Février 1970

 

Au premier coup d'œil, j'étais emballée. Il faut dire que l'équipe qui travaillait dans ce magazine et notamment les principaux photographes dont Jean-Marie Périer est le pilier, Benjamin Augier, André Berg et Tony Franck auxquels nous devons la plupart des photos, faisaient preuve d'originalité.

Les principaux rédacteurs étaient Raymond Mouly, Guy Abitan, Eric Vincent, Régis Pagniez, Michel Taittinger auxquels se sont associés d'autres journalistes le temps d'un article ou deux voire plus comme Gérald Asaria, G. Meryll, Roland Gaillac, Jean-Pierre Frimbois, Jean-Marc Pascal, Anne Braillard, Marie-France Lepoutre et d'autres…

Le siège du journal : Rédaction, Administration, Publicité se trouvait au 8 rue Marbeuf Paris 8e. Tél. ELY 52-80 et le Service de vente était 51, rue Pierre Charron Paris 8e Tél: BAL 07-62.

image012Inspiré par le magazine "Disco Revue" lancé en septembre 1961, il affichera son intérêt pour les chanteurs les plus commerciaux de l'époque: les yéyés. Il mettra en avant ses artistes fétiches : Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Françoise Hardy, Claude François, Sheila, France Gall puis plus tard Hervé Vilard, Christophe ,Monty, Antoine, Jacques Dutronc, Michel Polnareff, Julien Clerc, Jo Dassin etc... Ce manque d'exigence puriste à l'égard du rock'n'roll des pionniers n'entamera en rien son succès. Au contraire, il fera des émules : "Age Tendre", "Bonjour les amis", "Best", "Formidable" (le journal de R.T.L), "Extra" et "Nous les garçons et les filles" lancé par les Jeunesses Communistes Françaises. Sheila sera en couverture du deuxième numéro.

Les rockers purs et durs lanceront "Rock et Folk". Dès avril 1963, soit neuf mois après son lancement, le tirage de Salut Les Copains est de neuf cent mille exemplaires (900 000) et il atteindra très vite le million d'exemplaires. Diffusé à l'Etranger d'abord dans les pays francophones (Belgique, Suisse, Canada) , il le sera ensuite en Espagne et en Allemagne. Dès janvier 1964, on peut le trouver dans les librairies new-yorkaises.

Qu'ai-je découvert en relisant soixante dix numéros de S.L.C l'été dernier? Premièrement que ce magazine était agréable. La seule chose que j'avais vraiment oublié c'est l'abondance de la publicité. C'est inimaginable combien elle avait envahie notre espace. Notre vie. Je serais même tentée de dire que comparativement, elle était plus présente qu'aujourd'hui. Peut-être que le relais a été pris par la télévision et étant donné que je zappe la pub, j'ai l'impression qu'elle est moins là.

 

J'avais aussi oublié combien les vedettes yéyé se prêtaient déjà au jeu de la pub. Comme Johnny pour les Jean's Big Chief ou pour les vêtements "Guitares". Comme on peut le voir la mode utilisait les mots alors devenus à la mode : fétiche, yéyé. En juin 1964, un débat autour du magnétophone est consacré à la publicité et il est dit que le N° 1 de SLC (juillet/août 1962) comprenait 18 pages de publicité et 54 pages de rédaction et de photos et que le n° 22 (mai 1964) 75 pages de publicité et 121 pages de rédaction et photos.

Bien sûr, il y a les mascottes et vedettes de S.L.C "Chouchou et Yéyé" dessinés par FIX. Il y aura même les rideaux à l'effigie de "Chouchou et Yéyé".

 

 

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Le fils de Chouchou et Yéyé s'appelle Minichouchou.

 

Il y a les paroles des chansons chouchous du mois. Car à S.L.C tout est "copain" et tout est "chouchou". D'emblée, on retrouve l'univers artistique avec les paroles d'une vingtaine de chansons en français et quelques unes en Anglais parfois les paroles d'une même chanson dans les deux versions : américaine ou anglaise et son adaptation en français.

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Le sommaire était très hétéroclite et varie avec le temps mais certains articles et certaines rubriques perdureront jusqu'à la fin de S.L.C.

 

Ce qui surprend c'est le trombinoscope. Cette rubrique va se décliner en plusieurs versions: le trombinoscope des copains, des vedettes de la télévision et du cinéma, des vedettes de la radio, des vedettes de la musique et de la chanson. Enfin ça permet de connaître l'ensemble du monde des artistes français et étrangers avec leur état civil et la raison qui les a rendus célèbres: titres de chansons, de films, d'émissions télévisées ou radiophoniques. Le trombinoscope remplaçait le dictionnaire des copains, des vedettes c'est à dire qu'il y avait leur photo en plus.

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Ensuite, il y a le courrier des lecteurs où s'instaure un véritable débat sur tous les sujets d'actualités ou autour d'un article du mois précédent.

Il est dit que Daniel Filipacchi répondait à des lecteurs qu'il avait inventés. C'est possible. Si c'est vrai, il faisait preuve de beaucoup d'imagination pour se mettre à la place des lecteurs, et surtout de correspondre à ce que les jeunes avaient dans la tête car je me retrouvais bien dans certaines interventions.

La rubrique qui donne pleinement du sens à ce magazine c'est Copains Flashes. L'information et l'actualité pour forger la prise de conscience des jeunes. Je peux dire aujourd'hui que Salut les Copains a insidieusement forgé ma conscience politique de gauche. André Arnaud est sans concession envers les gouvernements de France et des pays étrangers. Il prend le parti des jeunes, le pari de l'avenir. Lui aussi il s'adresse aux "copains".

Il oblige la jeunesse à réfléchir sur son époque. Il essaye de calmer le jeu entre la génération des parents dite génération des "croulants" et la jeunesse. Il se veut le porte-parole de cette jeunesse. Il nous tire vers le haut. Je me sens aspirée par cette volonté de nous sortir des sentiers battus et surtout des idées reçues. Il interpelle les autorités sur la place qu'elles doivent accorder à la jeunesse aussi bien dans l'espace public, politique et professionnel qu'il nous interpelle, nous les jeunes, quand il nous dit de nous intéresser à la politique en mai 1965. J'avais oublié cet aspect là de Salut les copains. Non, ce n'est pas un journal people comme ceux d'aujourd'hui. Il y avait un contenu. Bien sûr, les puristes pourront toujours parler de racolage de la jeunesse? Bien sûr il ne s'agit pas d'un journal politique comme ceux issus d'organisations politiques. Nous étions dans la pensée mais pas dans la pensée unique comme aujourd'hui. Les artistes exprimaient leurs idées ou pas mais le débat était ouvert.

image042image044image046Salut les bouquins ou "tel artiste a lu pour vous" nous incitait à lire aussi bien le "Journal d'Anne Franck " qu'Eugène Sue, Edgar Poe ou Boris Vian. Par ailleurs, Salut les Copains comprenait toujours une nouvelle aussi bien extraite de livres d'Hemingway comme des nouvelles originales de Jean Dutour et Jean Chalon aujourd'hui célèbres.

 

Cinémascopains nous résume l'histoire de trois ou quatre films avec photos.En matière de cinéma, nous avons aussi l'histoire photo d'un film raconté avec les photos du tournage avec le scénario commenté à chaque photo. Parfois une équipe de S.L.C va faire un reportage sur le tournage d'un film et cela nous permet de voir des photos des vedettes en pleine action. Et cela nous permet aussi de découvrir un univers qui est bien loin du nôtre.

 

Ça me faisait rêver. C'était fait pour cela. Et ça fonctionnait avec la naïveté de la jeunesse et ce besoin d'appartenir à un monde différent et plus moderne représenté par les vedettes.

 

Sept fois les photos d'un artiste. Il faut dire que les artistes de Salut les copains sont toujours les mêmes : Johnny, Sylvie, Claude François, Sheila, Françoise Hardy, France Gall, Adamo, Pétula Clark, Alain Delon, etc..

 

 

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SLC n'oubliait pas non plus les vedettes de cinéma.

 

 

Belmondo             Alain Delon           Jean-Claude Brialy

 

 

 

Elvis Presley                   Steve Mc Queen    Sean Connery       Anthony Perkins

 

En septembre nous avions les posters de la galerie des grands vainqueurs de S.L.C c'est à dire des photos détachables sur deux pages avec un artiste en couleur d'un côté et un artiste en noir et blanc de l'autre.

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Certaines photos émanaient de grandes agences et des Artistes Associés comme celle des Beatles sur le tournage de leur film "Quatre garçons dans le vent " de Richard Lester.

 

Les photos prises par les photographes de SLC et détachables étaient souvent encadrées par un liseré noir et blanc ou en couleur.

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Les articles de S.L.C comprenaient les tournées fracassantes des chanteurs, leur passage à l'Olympia, et le classement : le fameux hit-parade qui consacrait une chanson.

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Avec les artistes, je voyageais avec la rubrique "Bons baisers de…". C'était presque comme si j'y étais. Je me souviens de Sheila imitant une sirène au Danemark. J'apprenais plus sur l'étranger qu'à l'école avec les cartes de géographie. La vie des peuples y était racontée. Et nos artistes étaient lucides. Comme en avril 1963, lors de la tournée d'Eddy Mitchell et des Chaussettes Noires pour les soldats en Algérie. Ils n'hésitaient pas à dire ce qu'était leur honte de voir des mômes, ces petits esclaves volontaires à leurs pieds, venir cirer leurs chaussures car ils crevaient de faim, dénonçant le racisme anti-arabe et s'émouvant de voir encore les traces de la guerre car ils rencontraient des passants avec des pansements. Nous pouvions ainsi découvrir l'Ecosse, l'Autriche, l'Afrique du Sud et l'apartheid, le Japon, l'U.R.S.S., le Maroc,

la Jamaïque

, Cuba enfin tous les lieux touristiques qui devenaient à la mode.

Il y avait aussi le cahier de chouchou devenu la petite chronique de chouchou.

 

Et tout, tout, tout (et le reste) sur… une mini biographie des artistes avec leur album photos et des articles clés : mon âge tendre, une journée de l'artiste heure après heure avec des photos du réveil au coucher, j'adore, je déteste, leur garde-robe (le style de Sheila ou Claude élégant), et un article spécifique à la personnalité de chacun et à l'actualité de l'artiste (Claude l'américain ou Sheila nature)

Si être copains étaient dans l'air du temps, s'exprimer débattre était aussi quelque chose de nouveau pour moi et Salut les copains m'y aidait.

La rubrique "autour du magnétophone" lancée dès le premier numéro avec "pour ou contre Vince Taylor" permettaient à cinq ou six jeunes de 15 à 21 ans de couches sociales et professionnelles différentes de débattre autour d'un thème: le mariage, l'argent de poche en 63,  la publicité, la télévision en 64, le rock en 65, pour ou contre Antoine en 66, des cheveux longs, des beatniks, des jeunes français (selon des jeunes allemands).

Certains jeunes expliquaient leur travail dans la rubrique "le métier que j'ai choisi". A la fin de l'article, il y avait les écoles de formation et les salaires applicables en début et au bout de deux ans de carrière. Ces métiers étaient divers : coureur automobile, speakrine de radio, chauffeur de taxi, barman, étalagiste, typographe, etc…

Un artiste confiait ses cent un secrets, un autre répondait à quarante questions, un autre disait ce qu'il voulait dans "ce qu'en pense", un match entre deux autres artistes permettaient de mieux connaître nos idoles de la chanson ou du cinéma et d'élargir nos connaissances sur des sujets d'actualités ou historiques car certaines questions abordaient aussi bien l'exploration de l'espace que la pub pour un vêtement ou l'assassinat de Martin Luther King et la lutte anti-raciale.

Un artiste disait " je vis comme je veux" pendant que deux autres se glissaient dans "le jeu de la vérité", un autre expliquait ses états d'âme dans "je me déteste", un autre répondait au "Qui es-tu?", un autre article testait nos connaissances sur nos idoles dans le "connaissez-vous bien".

"A quoi rêvent-ils?" et "Allô" nous révélaient un autre aspect de leur personnalité puis le roman photo avec un scénario bien ficelé mettait nos artistes dans des situations rigolotes, et au mois de décembre nous avions le calendrier détachable de l'année à venir. La lettre de Johnny nous tenait au courant de son actualité.

Avec les années, des rubriques nouvelles sont apparues comme les CAT ou Candidats Au Tube. Le tube étant une chanson ayant du succès. Parmi eux, Herbert Léonard et C. Jérôme et tant d'autres restés dans l'ombre après un disque. Il y avait un foisonnement de nouveaux artistes de la chanson. Une des performances de ce magazine était d'innover sans cesse comme les posters ou photos en double page à détacher au centre pour afficher nos vedettes préférées sur le mur de notre chambre. Ces posters recto-verso avait une vedette en couleur d'un côté et une vedette souvent en noir et blanc de l'autre.

 

Bien sûr, il y avait les correspondants, le bulletin d'abonnement pour 19 F en France et 25Fà l'étranger en 1966 pour un an soit 2F de plus qu'en 1964 et l'édition spéciale en braille valait 12F les 12 numéros. On nous proposait de commander des reliures à raison de 8,50 F pour relier 8 à 10 numéros de S.L.C. plus 1,50 F de frais d'envoi en 1966.

Les gens commençaient à faire de la photo et le photographe principal de SLC: Jean-Marie Périer répondait aux questions des lecteurs et tout cela pour la marque Kodak .

 

Il y avait aussi l'entretien minute avec un artiste qui parlait de sa montre et de son rapport avec le temps. Sans pour autant faire de la pub pour une marque. Mais peut-être faut-il se rappeler que peu de gens portaient une montre-bracelet au quotidien que ça devenait à la mode et c'était aussi un signe extérieur de richesse, surtout d'en avoir une pour la semaine et une pour sortir.

Aussi la page consacrée au Hit-parade des chansons classées du 15 au 15 du mois précédent (du 15 juillet au 15 août ) pour le numéro de septembre.

 

Ainsi nous savons que du 15 avril au 15 mai 1964, c'est Johnny qui est n°1 avec "Dis-lui que j'en rêve" et la cinquantième est Pétula Clark avec "Ceux qui ont un cœur" .  Catégorie chansons de langue étrangère les Beatles avec "Can't buy me love" en première position , en deux avec "I Want to Hold your hand" et en troisième avec "Roll over Beethoven". En 15eposition Marvin Gaye et Mary Wells avec "What's the matter whit you baby".

 

Du 15 février au 15 mars 1965, c'est Johnny n°1 avec "Johhny lui dit adieu". Et la cinquantième c'est Sheila avec "Vous les copains, je ne vous oublierai jamais".

Catégorie chansons de langue étrangère  étrangères les Beatles avec "Eight days a week" et Georgie Fame en 15e place avec "in the meantime".

Du 15 juillet au 15 août 1965 Claude François n° 1 avec "Quand un bateau passe" et en cinquantième position les Dauphins avec "Tout, tout, tout " .

"Satisfaction" des Rolling Stones en n° 1 et Everly Brothers avec "The price of love".

 

Du 15 novembre au 15 décembre 1965 "même si tu revenais" de Claude François en 1 et "mes yeux sont fous" de Johnny Hallyday en 50e .

"My generation" The Who in number one et "What's new Pussycat" de Tom Jones en 15e  .

 

Du 15 juillet au 15 août 1966 "Love me please love me" de Michel Polnareff en 1 et "le temps d'y penser" d'Eric Saint Laurent en 50e

"When a man loves a Woman" de Percy Sledge en 1 et Hi Lili Hilo" de Alan Price Set en 15e

Ce classement n'était pas le reflet des ventes de disques mais des demandes de chansons soit l'émission ou à partir du bulletin de vote qui se trouvait en fin de page. Un rond de couleur indiquait que la chanson était en hausse et un chiffre dans la colonne de droite indiquait son classement le mois précédent.

Il faut dire que Johnny Hallyday occupait souvent la première place et parfois la seconde et la troisième aussi. Trois chansons classées aux trois premières places. Pour les chansons de langue étrangère ce sont les Beatles qui se trouvent quelques fois dans la même configuration que Johnny.

Salut Les Copains restera le journal de cette époque mythique des années 60 s'adressant à une jeunesse qui voulait vivre avec son temps, tout simplement.

 

Continuez ! Une surprise vous attend sur la page suivante….