Sylvie et Johnny

Je me souviens bien de la chanson « panne d’essence » lorsqu’elle est sortie. A la maison, j’entendais mes parents dire : « tu parles d’une chanson ! ».  Cette petite voix qu’avait Sylvie en donnant la réplique à Frankie Jordan était très drôle et aujourd’hui je l’écoute sur Internet avec plaisir.

C’est en 1965 avec Salut Les Copains que j’ai mieux connu les chansons et  la personnalité de Sylvie.  En Juillet, le magazine consacra  un « Tout, tout, tout et le reste…sur Sylvie Vartan ». J’aimais  beaucoup sa chanson « Quand tu es là »,  j’ai acheté le disque plus tard. 

Il m’est difficile de parler de Sylvie sans associer Johnny car je les ai découverts non plutôt suivis sur le plan de la carrière, alors qu’ils étaient mariés. Je me souviens de tout ce battage autour de leur mariage. Il faut dire que sa robe de mariée était à elle seule un événement. Une capuche, c’était original. Du jamais vu. Je n’avais jamais entendu une robe de mariée susciter autant de commentaires. Tout le monde en parlait : les jeunes comme les moins jeunes. Il y avait ceux qui aimaient et ceux qui n’aimaient pas mais globalement les jeunes aimaient cet audace et cette distinction. Oui, Sylvie était belle, classe, distinguée. Elle l’est toujours. Ce qui caractérise aussi Sylvie c’est le courage. Venue de Bulgarie en France à Noël  1952 avec ses parents et son frère Eddie, son parcours est étonnant. Elle le raconte bien dans « Entre l’ombre et la lumière ». Et nous démontre bien que le régime en place n’avait rien de communiste. Et que le communisme ce n’est surtout pas cela.

Je suis allée en Bulgarie en 1986 en délégation en temps que syndicaliste de la CGT. Ma ville est jumelée avec Roussé. J’ai parlé de Sylvie aux autorités qui nous recevaient. On m’a répondu qu’elle n’était pas bulgare mais d’origine arménienne. Et alors ? On peut bien être français et être d’une autre origine. J’ai senti que ma réponse dérangeait. D’autant plus que j’avais visité une crèche où les enfants n’avaient pour jardin qu’un terrain de jeux en terre battue et aucun jouet ni à l’extérieur ni à l’intérieur : ils étaient d’une grande tristesse. Cela m’avait interrogée. Surtout lorsque l’on m’a montré des édifices à la gloire de la Révolution qui avaient demandé beaucoup de temps et d’argent comme si c’était la priorité. Le problème c’est que leur passage à l’économie de marché est pire encore. Comme quoi tout reste à construire dans notre société.

Johnny, je le connaissais par « Souvenirs, souvenirs », « l’idole des jeunes », « pour moi la vie va commencer » . Et c’est après, en 68, quand ma belle-sœur Yvette me prêta son électrophone et ses disques que je l’ai vraiment découvert ou j’ai pu réécouter les chansons de ses débuts. C’est d’ailleurs la voix de ses débuts que je préfère encore aujourd’hui. « Mon anneau d’or », « le pénitencier » «  cheveux longs, idées courtes » en réponse aux élucubrations d’Antoine qui voulait mettre Johnny en cage à Médrano. « Jesus-Christ est un hippie », « San Francisco » etc… toutes les chansons de la période twist, rock et hippie.

Enfin, SLC d’Octobre 1965 lui consacra un « tout, tout, tout » et ainsi j’ai pu découvrir le personnage et une enfance où l’absence de ses parents l’avait marqué. 

Le concert de ses cinquante ans retransmis à la télé a été un grand moment de bonheur surtout quand Sylvie arrive en chantant a cappella  « Tes tendres années ».

Johnny, je l’ai vu sur la Grande scène de la Fête de l’Humanité dans les années 90. Quelle année exactement, je ne sais plus. J’ai aimé sans plus. Il criait trop. J’ai regardé la retransmission de son concert au Stade de France en juin 2009. Sublime. J’aurais aimé qu’il chante plus  ses chansons des années 60. J’ai aimé son duo avec Sylvie interprétant «  le bon vieux temps du rock’n’roll » et son interprétation grandiose de « Et maintenant » de Gilbert Bécaud. Là…. Chapeau Johnny !

Johnny et Sylvie sont encore là 50 ans après malgré la prédiction de certains qui disaient dans les années 60 qu’ils ne tiendraient pas six mois. Cette longévité est la meilleure réponse à toutes ces langues de vipères.

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