Sheila

Avant d’écouter Salut Les Copains, il m’arrivait d’écouter la radio le dimanche et les chansons dites « à la mode ». Parmi ces chansons, il y eut « Sheila » ,« l’école est finie » « écoute ce disque » . Je me souviens qu’au lendemain d’un passage à la télé ou de photos dans un magazine (sans doute Salut les Copains), les filles les plus grandes de l’école communale, celles de l’année du « certif » sont arrivées avec deux rubans dans les cheveux : elles étaient fières de nous montrer leurs « couettes ». Moi du haut de mes onze ans, je les observais sans comprendre puisque je n’avais pas la télé et puis je jouais encore à la poupée, alors les idoles….. n’étaient pas vraiment ma préoccupation.

En 1965, l’année de mes treize ans et de ma découverte de SLC , j’ai tout de suite aimé les chansons de Sheila. Elle représentait la jeune fille que j’aurais aimée être. Elle était belle, dynamique, souriante, sportive, saine, simple et classe. Elle avait une jolie voix et ses chansons étaient faciles à retenir. N’ayant pas la télé, je ne l’écoutais qu’à la radio et accrochais ses posters dans ma chambre. A partir de 1968, j’allais voir Télé- Dimanche chez des amis à mes parents. Ce n’est qu’en 68 que j’ai acheté des disques, à commencer par les siens. Cette année-là j’ai passé huit jours de vacances chez ma tante à Châteauroux . Un après-midi, elle me dit «  je vais t’emmener voir quelque chose qui va vraiment te faire plaisir ». Nous avons pris un bus et avons beaucoup marché. Nous sommes arrivées devant un magasin où était écrit «  boutique de Sheila ». Je n’en revenais pas. Ce magasin était, je le suppose maintenant, dépositaire de sa marque. Tout ce que je voyais était beau mais bien trop cher pour moi. Elle avait effectivement lancé sa mode, ses produits de beauté dont la crème Sheiladermine.

Par le biais de SLC magazine,  j’ai acheté le Tournidol (une statuette de caoutchouc en couleur qui reproduisait fidèlement la tête des idoles et qui remplaçait le centreur du tourne-disque) que vendait Banania à son effigie ainsi qu’un badget vert clair proposé par les chocolats Menier sur lequel je collais les décalcomanies pour écrire son nom orné de fleurs (badge et stickers d’aujourd’hui). En 69, j’ai adhéré au club de Sheila. Pour deux ans. J’ai même racheté ses premiers disques au frère d’une collègue de l’usine de confection dans laquelle j’ai travaillé de mars 1969 à octobre 1972. J’ai acheté le 45 tours  « l’école est finie » aux Puces de Saint-Ouen pendant l’été 1972. J’étais venue passer mes vacances avec mon futur mari.  De novembre 1972 (époque de mon mariage ) et 1996 (année de mon nouveau célibat et de ma nostalgie des années soixante) , je regardais Sheila dans les émissions de variété avec plaisir mais je ne suivais plus vraiment sa carrière. De sa période disco et américaine  autant j’aime « Singing the rain » que je déteste « spacer », sans que je puisse expliquer pourquoi. J’adore « Gloria » aussi.  Un article élogieux de son passage au Zénith de Paris en 1985 dans le journal l’Humanité ou l’Humanité Dimanche avait retenu mon attention. Une émission sur sa transformation par Jean-Paul Gaultier, à l’occasion de ce spectacle m’avait beaucoup plue. Sa chanson « l’écuyère » et ses cheveux courts, son nouveau look , tout concourait à la faire aimer. Il  faut dire qu’elle avait changé d’équipe et sa collaboration avec Yves Martin, devenu son mari depuis, y était pour beaucoup. Moi qui avait idéalisé sa carrière dans sa jeunesse, je pensais que Claude Carrère et Sheila représentaient ce que j’aurais aimé connaître. Deux copains heureux de travailler ensemble et de partager le fruit du travail.   

J’ai d’ailleurs été très surprise de son passage au tribunal des Prud’hommes de Bobigny (1996) en raison de son licenciement par son producteur Claude Carrère. Licenciée pour une somme dérisoire après plus de trente ans de carrière. Quelle honte ! Mais revenons aux Sixtees .  Je chantais ses chansons «  C’est toi que j’aime » et plus tard « La famille » lors des repas de vendanges ou de mariages. Comme elle , j’avais envie de chanter. Pour en faire un métier mais j’habitais la campagne et j’appartiens à une famille qui ne comprenait pas cette ambition là.  J’ai commencé à travailler comme employée de maison chez une institutrice en septembre 1967, sept jours après mon quinzième anniversaire. Bien loin de mon rêve de chanteuse. Mais la vie peut réserver des surprises……

Je me souviens de la rumeur, dont elle a été victime, parue dans certains journaux :  « Sheila  devient un homme » , « Sheila est un homme ». Lorsque je suis arrivée en Région parisienne en 1972, j’ai entendu des gens dire qu’ils savaient « de source sûre » car ils connaissaient quelqu’un qui connaissait le chirurgien qui l’avait opérée. Je me suis fâchée avec certains pour la défendre. Quelle ignominie ! 

Lorsqu’elle fit ses adieux en 1989, je fus surprise et je pensais bien qu’elle ferait d’autres choses. Elle a fait de la sculpture. Je n’ai pas vu l’exposition qu’elle a faite car je ne l’ai pas su.  Elle a écrit.  J’ai acheté ses livres « chemins de lumière » « la captive » et depuis son retour sur scène en 98  «  ne vous fiez pas aux apparences » .

J’ai vu Sheila à l’Olympia en 1998. Elle devait faire du culturisme car elle avait des bras très musclés. J’ai été étonnée de sa performance sur scène et de ce qu’elle dégageait auprès du public. A la fin du spectacle des tas de mains se tendirent vers la scène et Sheila, accroupie, prenait ces mains dans les siennes comme pour apaiser tous ces gens, leur insuffler son énergie. Son fils dédicaçait ses photos. Un couple avec ses enfants m’ont dit aller à tous ses spectacles où qu’elle se produise. Je me demande comment ils font ! Ouf ! Des hommes de mon âge (45 ans) brandissaient des petits drapeaux où étaient écrit « Sheila je t’aime » . Tout cela m’interrogeait. Mais bon ! 

J’ai regardé l’émission « Vivement Dimanche » de Michel Drucker pour ses quarante ans de carrière où elle déclarait en revoyant les scopitones de ses débuts « qu’elle en faisait trop ». Je suis d’accord avec elle mais il faut toujours resituer les choses dans leur contexte. Il ne faut pas regretter. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou pas, Sheila fait partie du patrimoine culturel de la France. 

Comme certains rêves sont faits pour être vécus, et c’est là que la vie réserve des surprises,  j’ai écrit une chanson souvenir « mes années soixante » en 2007, que j’ai enregistrée en 2008. Sheila est citée en premier. Elle dure six minutes.  Cette chanson a été sur Myspace mais j’ai dû fermer ce site car des intrus mettaient des images inacceptables. Pour les nostalgiques, il existe le magazine « Nos tendres et douces années » depuis 2008, j’achète les hors séries comme celui sur Sheila paru en juillet 2009.

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Sheila à ses débuts avec  ses "couettes" et dans son film "Bang-bang" tourné en 1965.

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sheila dansant sur "l'heure de la sortie " ou présentant une marque de tennis

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Sheila "Vamp" ou entourée des plus grands musiciens classiques refusant de trinquer avec elle car ils n'aiment pas ses chansons : voilà la magie SLC et d'une époque joyeuse et sans prétention où les artistes se prêtaient au jeu de la mise en scène sans se soucier de leur image comme ceux d'aujourd'hui.