Le temps de la contestation (1966 –1970)

L'année 1965 marque la fin du plein emploi. Dès 1966, le chômage de masse se développe. En 1967, on dénombrera deux cent cinquante mille chômeurs en France (250 000 ) et une grande inquiétude s'installe. Bien sûr les vieux poncifs ont la vie dure : " le chômeur ne travaille pas parce que c'est un fainéant". Il faudra attendre les années 1980 où peu à peu toutes les familles connaîtront un chômeur voire plusieurs dans leurs rangs pour que l'idée du "chômeur-fainéant" recule. Les jeunes issus du baby-boom, appartenant à cette génération des copains sont plus matures et responsables, moins accommodants malgré tout avec le système. C'est vrai, il y a du travail dans la maçonnerie mais les jeunes aspirent à un travail moins pénible, moins salissant et surtout plus sécurisé (les accidents du travail en milieu ouvrier sont nombreux notamment chez les maçons) et bien payé. Le temps des copains s'émousse pour laisser la place au temps des changements. La notion de copains rassemblés autour d'une même musique est toujours là. La lucidité aussi. C'est la guerre au Vietnam et aux U.S.A. une nouvelle génération de chanteurs est apparue depuis trois ou quatre ans : les messagers de la paix avec leur guitare pour seule arme Bob Dylan, Joan Baez, Mama's and Papa's, Peter Paul and Mary et tant d'autres. Ils ont contribué à forger la conscience des jeunes américains contre la guerre, contre toutes les guerres. Et les jeunes refusent de partir au Vietnam. Ces chansons reçoivent le même écho en Europe et en France. Et les idées aussi. Alors naîtra ce mouvement des jeunes à cheveux longs qui préfèrent vivre dehors : les beatniks. Ils ne veulent plus ressembler à leurs parents. Ils ne veulent plus vivre avec eux. Le besoin en logements est conséquent. Déjà depuis cinq ans, on construit "les grands ensembles " dans les banlieues, des cages à lapins ou "des étagères à ranger les gens" car les jeunes couples aspirent à ne plus vivre à deux voire trois générations ensemble. La construction verticale bat son plein et la maison individuelle a de l'avenir. Mais ce n'est pas de cela non plus que veulent les jeunes. Ils veulent vivre libres.

Les beatniks vont défrayer la chronique dès 1963. En 1966, Antoine et Michel Polnareff en seront les porte-parole en France. Ils prennent position pour un monde nouveau comme Antoine avec "les élucubrations d'Antoine" puis ouvertement contre la guerre avec sa chanson "la guerre" et Polnareff se fera le chantre de l'amour libre avec sa chanson "l'amour avec toi" qui fera scandale et sera même interdite sur les ondes dans certaines stations de radios.

"Il est des mots qu'on peut penser

Mais à ne pas dire en société

Moi je me fous de la société

Et de sa prétendue moralité

J'aimerais simplement faire l'amour avec toi".

Aujourd'hui ça peut paraître banal mais à l'époque ça ne l'était pas. C'était courageux.

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Pendant ce temps aux U.S.A, les jeunes se regroupent autour de leurs idoles de la paix et s'installent à San Francisco et font naître le "Summer of love" ou "été de l'amour" l'été 1967. Ce mouvement inimaginable rassemblera des centaines de milliers de jeunes habillés de vêtements colorés arabes, chinois ou indiens, portant des colliers de perles, des fleurs dans les cheveux. Le mouvement hippie au slogan "peace and love" (paix et amour) et "flower-power" ou "pouvoir de la fleur" car la fleur symbolise la paix est né. Ce symbole est venu quand des jeunes filles ont donné des fleurs aux policiers qui chargeaient les manifestants contre la guerre au Vietnam. Et les rues de San Francisco ont vu défiler des voitures, des bus bariolés. Bien sûr c'est la réponse non violente aux autorités qui envoient les jeunes au Vietnam et qui envoient la police pour réprimer ce mouvement. Des festivals de musique naîtront de ce mouvement comme le festival international de musique Pop de Monterey en Californie du vendredi 16 juin au dimanche 18 juin

1967. C

'est alors que se produiront : Lou Rawls, Beverly, Johhny Rivers, les Animals, Simon et Garfunkel, les Mama's et les Papa's, Scott Mac Kenzie, les Byrds, Les Who, Jimy Hendrix, Otis Redding, Jeffferson Airplane, Canned Heat, Big brother and the Holding Company avec Janis Joplin, Country Joe and the Fish, Al Kooper, Ravi Shankar, le Butterfield Blues Band, Quick Silver Messenger Service, Grateful Dead, Buffalo Springfield, Steve Miller Band, The Electric Flag, Moby Grape, Hugh Masekela et d'autres. Scott Mac Kenzie y chantera "San Francisco", chanson qui sera reprise en français par Johnny Hallyday amis qui a été composé par Mitchell des Mama's and Papa's.. Les Mama's et les Papa's avec leur succès "California Dreamin " deviendront des hippies riches, l'argent rentrait et ils s'étaient acheté une maison magnifique à San Francisco. Ils vivaient ensemble tous les quatre. Ce festival sans matraquage médiatique était spontané et de ce fait a été le détonateur de la culture Hippie avec plus de 200 000 personnes où les artistes se produisaient gratuitement. Ce fut la première apparition publique de Janis Joplin, Jimy Hendrix a mis le feu à sa guitare et demandait aux jeunes de manifester avec des guitares. Otis Redding se produisant pour la première fois devant un public Blanc cria à la foule :" Alors c'est vous le peuple de l'amour ?" Ce festival a fait des émules dont ceux de l'Ile de Wight en Angleterre (1968, 1969) et Woodstock (1969, 1970). A Woodstock, Joan Baez, à la tête du mouvement pour les droits civiques et de la non violence envoie balader, avec sa voix d'ange, le monde des années 50.  Ces festivals sont non seulement le lieu de manifester contre l'escalade de la guerre au Vietnam mais aussi un lieu où circulent certaines drogues : haschich, marijuana et L.S.D. Le mouvement hippie n'est pas qu'un mouvement de contestation contre la guerre et la société de consommation mais aussi un mouvement d'expérimentation. La recherche de paradis artificiels par les drogues est aussi une expérience : la recherche de l'absolu et de l'extrême, la communion avec l'au-delà. Certains écrivains, musiciens, peintres essaieront toutes sortes de drogues pour créer. Ainsi naîtra la peinture psychédélique sur des musiques improvisées. Les affiches étaient psychédéliques. C'est à dire on avait trouvé le moyen d'écrire des mots avec des lettres de hauteur différentes qui s'imbriquaient les uns dans les autres. C'est un design décalé. Mais les hippies avaient soif d'autres expériences notamment dans la vie communautaire et une vie sexuelle épanouie et libre. On parlait de liberté sexuelle, d'amour libre. Leurs expériences, alors très décriées par les "croulants" ont eu une influence bénéfique sur l'évolution des mœurs et des mentalités de l'ensemble des peuples. Il faut dire qu'avant l'arrivée de la pilule contraceptive en 1960 aux U.S.A et 1967 en France; la sexualité était réservée aux gens mariés. La mini-jupe créée par la styliste anglaise Mary Quant en 1962, à la mode en France en 1965 grâce à André Courrèges, a contribué à libérer le corps des femmes. La vie communautaire était une forme de société alternative communiste sans le côté politique. La seule note négative a été la prolifération des drogues et des effets néfastes qu'elles engendrent. Aujourd'hui les jeunes ne se droguent pas pour "contester" la société mais pour oublier leur mal de vivre. Une autre expérimentation de cette recherche de l'extrême a été la quête

Avec ma tunique  chinoise, je me sens Hippie

Hourra!

spirituelle auxquelles les drogues ont contribuée. Et certains s'empareront de cet engouement pour la vie communautaire, la méditation transcendantale et autre philosophie bouddhique ou approche religieuse pour devenir gourous et créer des sectes dont certaines existent encore aujourd'hui. Les hippies voulaient changer le monde "guerrier" en un monde beau, coloré, fleuri et heureux. Alors, pour nous ils se sont parfois mis en danger

J'ai dix-huit ans en 1970.

J'ai plein de rêves…

mais ils nous ont montré qu'un monde de partage et d'amour était possible et que nous ne devions pas nous recroqueviller sur nos biens matériels, utiles et facilitant la vie certes, mais aussi s'intéresser aux autres. Les hippies installés en Inde, à Ibiza, au Maroc et ailleurs se sont mélangés aux populations miséreuses et ont contribué à la prise de conscience de cette pauvreté et sont en quelque sorte à l'origine des O.N.G. La frange la plus politique des hippies ce sont les yippies. Ils sont les moins nombreux.

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La culture hippie est en fait une contre culture. Monterey fut un aperçu de ce qui se passait dans le monde. Evènement authentique et merveilleux selon Art Garfunkel (de Simon and Garfunkel) et autres artistes ayant vécu cette époque.

En Europe, ce mouvement a été fort en Angleterre et en Allemagne; il a même atteint les pays communistes en URSS et en Allemagne de l'Est notamment. Dans les pays de l'Est les hippies étaient mis à l'écart. On les cachait. C'est dommage. C'eut été l'occasion pour les dirigeants de ces pays de dire " vous ne voulez plus de la société telle qu'elle est eh bien ensemble, changeons-là". Il aurait fallu tenter l'expérience. Je regrette profondément que cette chance n'ait pas été saisie.

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En France ce mouvement a été peu suivi mais des expériences de vie communautaires ont été menées notamment en Dordogne, dans le Larzac. D'autres partaient passer des vacances dans les Kibboutz en Israël. Moi, j'en rêvais de telles vacances mais quand on est une fille de 17 ans à la campagne en 1969, c'est mission impossible. Le Kibboutz comme le Kolkoze en URSS sont une variante des communautés familiales ou villageoises agricoles des siècles passés en France et en Europe. Du communisme avant l'heure.

Salut Les Copains se fera l'échotier de cette époque auprès des jeunes.